Bliss Of Flesh, le groupe de blackened death metal français originaire de Calais dans les Hauts-de-France se produisait sur la Temple du Hellfest le dimanche midi, le 23 juin 2019 (12h15-12h45).

Bliss Of Flesh est né en 1999 : le groupe qui s’appelait alors Labdacides a été fondé par J. Poizon, bassiste, FleshStigma, batteur et Sikkardinal guitariste et aussi compositeur. Necurat au chant a rejoint la formation en 2006 et Victus à la guitare, l’a rejointe très récemment. Bliss Of Flesh a sorti un trilogie de trois albums inspirée de la trilogie littéraire La Divine Comédie de Dante (L’Enfer, Le Purgatoire, Le Paradis) : Emaciated Deity en 2009, Beati Pauperes Spiritu en 2013 et Empyrean en 2017. Nous y reviendrons ci-dessous dans le compte-rendu de l’entretien que j’ai eu l’opportunité d’avoir avec Sikkardinal et Necurat au Hellfest 2019. Par ailleurs, dans un mois jour pour jour, le samedi 28 septembre 2019, Bliss Of Flesh se produira à Brest à l’Espace Léo Ferré aux côtés des Chants du Nihil et de Vosegus ; une soirée Destrock. Be there !

Bliss Of Flesh + Les Chants du Nil + Vosegus - Destrock

 

📸 En attendant, voici un retour en images sur le concert de Bliss Of Flesh au Hellfest par Jeremie Foucher de Circle Pit Of Photography pour Culture METAL. 🤘

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Amandine avec Sikkardinal & Necurat.jpg

 

Entretien avec Sikkardinal et Necurat au Hellfest 2019 :

Amandine : Bliss Of Flesh, revenons sur votre parcours.

Sikkardinal : Origine. Genesis. Le groupe est né en 1999 dans les terres froides du Calaisie. Par la suite, le line up a légèrement évolué. Nous avions donc deux guitaristes, dont un qui s’est barré, FleshStigma à la batterie, J. Poizon à la basse, qui sont toujours d’actualité, et moi en tant que membre fondateur du groupe, Sikkardinal. Puis Necurat est arrivé en 2006. Nous avons eu Pandemic qui nous a apporté énormément pendant de longues années de composition et de travail, notamment sur les trois full-lenght qu’on a pu faire et composer à savoir la trilogie sur la Divine Comédie de Dante : Emaciated Deity, Beati Pauperes Spiritu et Empyrean. On a tenté de progresser sur chacun des albums. Je pense qu’a priori, ça se ressent à l’écoute. Et dernièrement, nous avons perdu Pandemic qui a choisi de quitter le groupe pour en revenir à ses premières amours à savoir couper du bois.

Necurat : Ce n’était pas la danse classique ?

Sikkardinal : Non, c’était du bois. On a donc recruté Victus, notre nouveau gratteux qui apporte maintenant énormément au groupe. Cette année est une année charnière pour nous parce qu’il se passe pas mal de choses qui nous permettent de gagner un peu plus de notoriété, donc ça fait beaucoup de bien et également d’un point de vue plus personnel et au niveau de la composition du nouvel album qui devrait sortir en janvier 2020 chez Listenable Records, qui pour nous est un album qui nous fait enfin atteindre le pallier que l’on souhaitait atteindre depuis de nombreuses années.

Amandine : Ce qui m’intéresse par rapport à mon webzine Culture METAL, dont l’idée est de faire le lien entre les musiques extrêmes et les autres formes d’expressions artistiques comme la littérature par exemple, et la question que j’avais envie de vous poser, c’est votre rapport à Dante. Car dans le metal, on est très inspiré par Tolkien et Dante. Et d’ailleurs, j’ai une contributrice à Culture METAL qui a écrit un article sur Dante dans le metal ; Dante qui a même inspiré jusqu’à Sepultura… Est-ce que vous pourriez développer davantage : Pourquoi Dante dans Bliss Of Flesh ?

Sikkardinal : Dans l’un des premiers EP qu’on a pu sortir avant de faire un full-lenght, on fait déjà référence – un moment y’a un espèce de sample qui fait référence – à l’inscription que l’on peut trouver sur la porte des Enfers : « Vous qui entrez en ces lieux, abandonnez tout espoir. » En fait, ce qui est très intéressant avec ce roman, cette trilogie politique – on ne va pas se mentir, La Divine Comédie, c’est avant tout un ouvrage politique, un pamphlet politique – c’est que derrière ça, Dante a créé quelque chose qui ressemble énormément à la forme du parcours initiatique qu’on voulait, nous, retranscrire dans la musique dès le premier album – et au concert qu’on a fait tout à l’heure, si tu prêtais attention au backdrop, de chaque côté du backdrop, il y avait écrit « HUMILIATION SUFFERING CLIMAX » – qui passe d’abord par une période d’humiliation, puis de souffrance et enfin d’orgasme. Ce parcours initiatique se retrouve dans les trois parties de La Divine Comédie sur bien des aspects. Être capable, déjà commencer par faire face à ce que l’on est véritablement, un regard porté sur les miasmes que l’on a nous-mêmes, ce qui remet déjà en cause beaucoup de choses, c’est déjà un doute cartésien que peu de personnes font. On est dans une telle vitesse actuellement qu’on se pose rarement, pour se demander déjà un, qui nous sommes et comment on se place dans le monde dans lequel on vit, puis par la suite, [pour] réussir à surmonter ce regard que l’on a sur nous qui n’est jamais véritablement plaisant, parce que si l’on regarde qui l’on est, on est tous sauf extrêmement positif, on est un mélange d’ombre et de lumière, on a tous ce paradoxe là et il faut être capable de l’accepter déjà, et ensuite de le sublimer, de le surpasser pour en faire quelque chose qui peut prendre une forme artistique. Et c’est marrant, parce que tu me parles de ça et notamment tu me parles d’art et je pensais à André Gide à la citation : “L’art naît de contrainte, vit de lutte, meurt de liberté.” Toute cette forme-là d’appréhension de l’art comme naissant d’une contrainte qui est celle au final ni plus ni moins que celle de ta raison que tu vas réussir à surpasser par la suite par ta forme artistique : la musique, en ce qui nous concerne faisait que Dante nous apparaissait comme une évidence par rapport à ce qu’on voulait faire musicalement.

Necurat : Par rapport aux différents ouvrages qu’on utilise, pour s’en servir en tant qu’inspiration, en tout cas en tant que ligne directrice pour la composition, l’idée, c’est de vraiment saisir dans un ouvrage qui est déjà exploité, sur-exploité, la substance qui va permettre de nourrir notre concept qui est Bliss Of Flesh.

Sikkardinal : Après, je ne trouve pas que Dante ait été si sur-exploité que ça. Certes, Dante est souvent et beaucoup utilisé dans le metal. Mais pour La Divine Comédie dans l’ensemble comme étant une ligne directrice pour une conception à la fois culturelle et musicale, je n’ai pas souvenir d’avoir vu beaucoup de groupes qui ont fait ça. L’Enfer est souvent pris comme référence. Mais Le Purgatoire ? Et Le Paradis ? Le vrai challenge, ça a été Le Paradis. Mais ça été formidable, car comme je le disais tout à l’heure, partir de contraintes pour réussir à sublimer la chose, Le Paradis, ç’était une chose magnifique. On était assez content [du résultat] car justement je trouve que Empyrean sur les trois est celui que l’on a le mieux réussi.

Necurat : Clairement.

Amandine : Camille, ma contributrice littéraire à Culture METAL est en train de faire une thèse sur la place et la fonction de la littérature dans le metal. J’ai rencontré Camille au Metal Culture(s) à Guéret et je lui ai demandé si elle était d’accord pour m’écrire des articles pour Culture METAL. Elle m’a dit : « je ne vais pas prendre Tolkien ou Lovecraft, mais Dante. » Et elle m’a écrit un article : « Relire Dante par le metal » où elle prend les références de l’Enfer de Dante dans les paroles des chansons de metal. Or, vous, dans vos paroles, vous abordez Le Paradis et Le Purgatoire. Et du coup, y’a une réelle continuité entre l’article de Camille et notre entretien pour Culture METAL.

Sikkardinal : Complètement. Mais, pour ne pas avoir Camille à dos, qui pourrait s’insurger de ce que l’on dit à l’instant, il faut bien comprendre que l’on a fait notre propre interprétation de notre lecture de Dante et que l’on a totalement occulté une énorme partie de l’ouvrage : la partie politique notamment – c’est un véritable pamphlet écrit par Dante – et pour le coup la forme poétique, aussi en elle-même, abscons par moment, y’a certains passages qui sont tout sauf bien réussis, il faut le dire, tout n’est pas agréable dans La Divine Comédie de Dante, mais on en a tiré, nous, ce qui nous parlait le plus, et c’est vraiment cette dimension de parcours initiatique qui nous a parlé et puis toute la thématique que l’on peut retrouver encore aujourd’hui dans cette vison du paradis et de l’enfer qui en terme de mythologie est extrêmement inspirante. Finalement, l’image que l’on a encore aujourd’hui d’un enfer flamboyant est totalement fausse par rapport à ce que Dante en disait. Satan est emprisonné dans de la glace. Cette image-là qui prend un peu à contre-courant ce que l’on peut trouver, sachant que toute l’image du Diable vient aussi de l’évolution de toute la mythologie grecque partant du dieu Pan représenté avec une image de bouc. Énormément de sources se mélangent pour finalement essayer de créer une sorte d’univers mythologique propre à celui qu’on utilise aujourd’hui, en oubliant les références dont on s’est inspiré. Et ça fait du bien parfois de regarder d’où on vient pour savoir où on va.

Amandine : Est-ce que vous utilisez une traduction en particulier ?

Sikkardinal : J’utilisais la traduction utilisée par Flammarion, une des meilleures.

Amandine : Et vos textes, vous les écrivez en anglais ?

Necurat : Je fais de la musique avant tout. Je ne suis pas en train de faire une dissertation. Dans l’idée, c’est mon interprétation. Je me nourris de l’ouvrage pour l’emmener dans mon univers et donc c’est vraiment dan ce sens-là, une interprétation. Je ne suis pas en train de faire un mémoire. Mais pour Empyrean, j’ai eu la même rigueur que j’ai pu avoir pour rédiger un mémoire. Vraiment. Des contraintes. Un contexte très particulier où il a fallu que je me mette dans un état d’esprit, dans un mode un peu « dans mon monde », c’est à dire, à ne pas écouter de musique, à ne pas voire beaucoup de monde et à écrire comme un mémoire, c’est à dire que tous les mots que j’ai utilisé pour écrire l’album, je ne les ai pas utilisés non pas par hasard, mais pas non plus à n’importe quel moment de l’album. Et donc, y’a vraiment un cheminement que l’on retrouve dans Dante avec ce côté où il se passe quelque chose. Je suis musicien avant d’être philosophe même si j’apprécie fortement la philosophie, mais il faut que la philosophie me serve pour ce que j’ai à faire au niveau artistique.

Amandine : Là on est au Hellfest. Revenons un peu sur le Hellfest. Est-ce votre premier Hellfest ?

Sikkardinal : Oui.

Necurat : En tant que festivalier ?

Amandine : Non, en tant que groupe ! […] (rires) […] Avez-vous d’autres dates de prévues ?

Necurat  : Le 12 juillet en Belgique à Fontaine l’Évêque, le 13 juillet au Forest Fest Open Air en Suisse avec des groupes comme Taake et le 14 juillet à Paris au Klub. Après, on reprend à la rentrée, on joue le 28 septembre à Brest et le 4 octobre, on joue dans le Nord. D’autres dates vont arriver. On essaie de construire des choses pour promouvoir au mieux le nouvel album.

Bliss Of Flesh + Les Chants du Nil + Vosegus - Destrock

 

Relire Dante par le metal ; un article de Camille pour Culture METAL 👉 https://culturemetal.com/2018/10/29/relire-dante-par-le-metal/

 

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