Depuis 2015, il semblerait que rien n’arrête les parisiens de End Of Mankind. Après la sortie du EP Faith Recoil en 2016 et de Darkness Devours The Sun, une « split tape » avec le groupe Katacombe en 2017 et une multitude de concerts, l’heure est au bilan. 
Ghoulaxe (guitare) et Anxiferath (chant) nous en disent plus.

  • Les membres de End Of Mankind sont issus de plusieurs formations, pour certaines bien connues de l’underground français. Pouvez-vous nous résumer la genèse du groupe et son parcours jusqu’à maintenant ?

Ghoulaxe : Tout a commencé par une proposition de Sagoth et Thorgon (Eternal Majesty, Aosoth, Antaeus) de participer à un « reunion show » d’Eternal Majesty pour faire la seconde guitare. A l’époque, je jouais plus dans la scène hardcore, dans des groupes comme Providence, Mad At The World, Onesta, Six Ft Ditch et bien d’autres. Le projet n’a pas pu aboutir mais les deux frangins étaient très chauds pour refaire du BM. 
Nous nous sommes donc mis à composer à l’ancienne, en répète, chacun ramenant ses idées. En trois ou quatre mois, nous avions la quasi-totalité de Faith Recoil. Il a donc fallu se mettre à la recherche d’un chanteur. Un ami m’a mis en contact avec Anxiferath qui chantait dans Pyrecult et ça a tout de suite matché. Un mois après, le EP était dans la boîte ! C’était une période assez intense, tout s’est passé très vite. Pour compléter l’équipe Sagoth et Thorgon ont proposé à Nesh (Azziard, Nydvind, The Negation) de rejoindre le projet.

  • Votre EP Faith Recoil a été mixé par Françis CASTE, comment cette collaboration a-t-elle été possible et comment s’est-elle déroulée ?

Ghoulaxe : Avant toute chose, nous sommes tous hyper fans du travail de Francis. J’ai eu l’occasion de le rencontrer pendant l’enregistrement de Exile, le deuxième album de Regarde Les Hommes Tomber, qui sont des amis de longue date. Le courant est bien passé et nous sommes restés en contact. A l’époque, je bossais pour une boîte de location de son et « backline » et disons que je lui ai rendu quelques services … du coup il m’a rendu la pareille en mixant et masterisant Faith Recoil qui avait été enregistré ailleurs.

  • En peu de temps Faith Recoil a été édité sur plusieurs supports (LP et plusieurs versions « tape » chez Mallevs Records et « digipack » agrémenté d’un bonus live chez Maleficarvm Records). Qu’est-ce qui motive un tel intérêt pour une multitude de versions en éditions aussi limitées ?

Anxiferath : Etant personnellement collectionneur de musique sous tous ses formats depuis plus de 15 ans, j’ai toujours eu la volonté, au sein de mes groupes passés comme dans EOM à présent, de multiplier les supports et les éditions afin de satisfaire ceux qui comme moi, aiment creuser, chercher l’information sur tel ou tel pressage et si possible, compléter des collections d’un album, ou carrément d’un groupe entier ! Cela étant, il y a aussi la nature et la qualité du son en fonction des supports qui nous motivent à proposer de la diversité : pour nous, une version vinyle est indispensable pour la haute qualité et le relief du son qui satisfont les « audiophiles ». Vient ensuite la version cassette, pour les nostalgiques et pour le côté « old school », qui peut rappeler à certains l’âge d’or du « tape trading » auquel nous croyons beaucoup. Finalement, la version CD qui, d’après moi est la plus neutre et la plus plate niveau ambiance sonore, est tout de même importante car il y a toujours de la demande !

  • Vous semblez porter également un soin particulier à votre merchandising

Ghoulaxe : EOM c’est un tout, il n’y a pas que la musique, notre démarche va plus loin évidemment. Nous sommes sensibles à l’esthétique et c’est donc important pour nous d’être créatifs tant au niveau des visuels que des supports. C’est une autre façon de nous exprimer et d’enrichir notre univers. 
Anxiferath : Le merchandising constitue une extension graphique et visuelle de l’atmosphère et du message que distille le groupe dans sa composition purement musicale. Par conséquent, je ne pourrais pas accepter que cet aspect soit négligé ou sous-exploité. Nous avons la chance de pouvoir travailler avec des labels, des ateliers, des mecs DIY, des tatoueurs et j’en passe, dont la motivation et le talent sont un formidable écho à notre créativité.

  • Ghoulaxe, comme tu l’expliquais, Nesh (Azziard, Nydvind) a rejoint le groupe après la sortie de Faith Recoil. Que vous a apporté son expérience en tant que guitariste au sein d’un grand nombre de groupes de la scène ?

Ghoulaxe : Faith Recoil était déjà composé, du coup la priorité était de pouvoir jouer nos morceaux en live rapidement, ce que Nesh a réalisé avec brio. Son background beaucoup plus typé BM, pagan et folk etc.., contrairement à moi qui vient du punk hardcore, nous a apporté d’autres propositions artistiques, et surtout une complémentarité dans la composition. Nesh est aussi un élément très structurant du groupe, il a le don de canaliser le foisonnement des idées, ce qui nous permet d’organiser et d’avancer sereinement sur les projets de EOM.

  • Pourquoi choisir de reprendre, en live, des titres de Eternal Majesty ?

Ghoulaxe : Comme je le disais plus haut, le groupe s’est formé sur les cendres d’Eternal Majesty, projet fondé entre autres par Thorgon et Sagoth. Pour nous, l’idée était de partir de cet héritage en fondant EOM, il était donc tout naturel de rendre hommage à ce groupe. Nous avons enregistré deux covers (Soyons les Pierres du Temple Noir et The Warlord) sur Darkness Devours The Sun notre « split tape » avec Katacombe. Ça nous a aussi permis de tourner une page et de voler artistiquement de nos propres ailes. Effectivement, il nous arrive de les jouer en live.

  • Sur le net on peut lire, concernant votre style musical, les appellations aussi diverses que « post black metal » ou « punk black metal ». Comment vous positionnez-vous par rapport à la douloureuse question du genre musical ?

Ghoulaxe : Punk post black metal alors … Je pense que nous sommes plus influencés par la vieille garde du BM que par Dimmu Borgir ou Behemoth (même si Nergal est mon idole absolue…). En ce qui concerne le « post », il y a beaucoup de groupes que nous apprécions qui influencent notre musique je pense. A vrai dire, nous ne nous posons pas trop de questions sur la direction à prendre, ça se fait tout seul. Nous ne nous mettons aucune barrière. Il faut juste que l’on sente que ça tape, que ça vibre, qu’il se passe quelque chose. 
Anxiferath : Les gens ont globalement besoin de coller une ou plusieurs étiquettes pour qualifier et catégoriser un groupe et, c’est d’autant plus vrai dans un milieu si ramifié que le metal. Je n’y vois pas d’inconvénient au contraire, j’y vois une forme d’appropriation personnelle de la musique et de son univers artistique. Du coup, je comprends pourquoi on nous colle souvent l’étiquette « post », même si cela n’a jamais fait partie de nos objectifs. Le truc qu’on n’aura en revanche, jamais envie de perdre, tu vois, c’est le « verni » punk indéniable de groupes comme Carpathian Forest ou Craft !

  • Parlons un peu lyrics. Est-ce Anxiferath qui écrit tous les textes de vos morceaux ? Quels sont les principaux thèmes abordés ?

Anxiferath : Oui, c’est moi qui écris tous les textes. Les thématiques principales et récurrentes sont le rejet des dogmes religieux, de l’emprise du spirituel et du sacré sur le quotidien, ainsi que le renoncement à l’aliénation des peuples à ses systèmes de croyances et de valeurs ancestraux. Les textes prônent la libération mentale et physique de l’humain vis-à-vis des carcans de pensée rétrogrades issus d’une autre époque ; au profit du libre arbitre, de la réflexion et de la connaissance. Il faut y voir un renoncement au fatalisme. En marge de cela, on peut également trouver des textes inspirés de thématiques plus classiques et en lien avec le folklore du genre, comme la personnification du malin dans la société, la misanthropie, l’isolement ou encore la dépression. 
Pour Faith Recoil, c’est plus particulièrement l’histoire du groupe religieux Le Temple du Peuple et de son leader Jim Jones qui a été à la base de mon inspiration dans l’écriture des morceaux. Ce EP doit être vu comme une critique acerbe des organisations sectaires. 
BREAK THE HOLD OF DIVINE TYRANNY !!!

  • Les lyrics chantées en français sonnent particulièrement juste. On sait à quel point il est difficile de faire sonner des paroles écrites en français sans tomber dans le kitch et ou les clichés du genre. Est-ce qu’écrire en français est un processus naturel ou est-ce finalement plus difficile que d’écrire en anglais ?

Anxiferath : C’est vrai que c’est toujours un challenge d’écrire en français pour un groupe français, aussi paradoxal que cela puisse paraître au premier abord. En effet, pour une audience et des auditeurs qui comprennent la langue, il est délicat de prendre les lyrics trop à la légère ; sous peine de tomber dans des banalités ou pire, de proposer des textes dénués de sens, voire débiles…

  • En cette fin d’année 2018 quels sont les objectifs pour End Of Mankind et vos projets pour les mois à venir ?

Ghoulaxe : Nous venons de finir de maquetter notre futur album que l’on va enregistrer en janvier/février 2019. En parallèle, nous allons initier la recherche d’un label pour la production et la distribution. D’ici là nous jouerons le 23 novembre à La Scène Michelet à Nantes avec War Inside et ENDE, et le 24 novembre au El Camino à Caen avec Nefarious, War Inside et Griffon, le 12 janvier au Canadian Café à Tours avec Nuisible et une mini tournée Grèce / Bulgarie avec Sørgelig and Belgarath
Anxiferath : Effectivement nous travaillons sur notre premier « full length album » en ce moment. Cette fois et pour la première fois,nous avons travaillé en maquettant l’entièreté de l’album, afin d’arriver en studio sur-préparés et de dérouler sereinement chaque morceau. Nous avons vraiment hâte de sortir cet album, il devrait contenir beaucoup de surprises et de post production, intégrant d’autres artistes et des collaborations. Nous sommes du coup curieux de l’accueil dont il pourra bénéficier.

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