Tout d’abord bonne annĂ©e – et la santĂ©… !

Mais plus sĂ©rieusement, la rĂ©cente publication de Meetings with Strangers de Mindaugas Peleckis, auteur lituanien du webzine Radikaliai.lt (webzine essentiellement en lituanien…) est l’occasion parfaite de parler de la littĂ©rature autour du nĂ©ofolk et du dark folk. A ce propos, nous  vous proposons de gagner un livre sur le sujet (mais on en reparle plus bas) ! Comme d’habitude, voici une petite playlist sĂ©lectionnĂ©e par Mindaugas, pour agrĂ©menter votre lecture ! Une suite de morceaux trĂšs diffĂ©rents et « éclĂ©ctisque ».

Il existe quelques livres qui abordent ce sujet et le plus connu est Looking For Europe, a History of Neofolk, Ă©crit par Andreas Diesel et Dieter Gerten, publiĂ© en 2005 et traduit dans plusieurs langues et disponible en français chez Camion Noir. Le dark folk, cet espĂšce d’hybride musicale puisant son inspiration dans le post-punk, l’ambiant, le post-rock, la new-wave et diverses autres formes de musique qui Ɠuvraient dans l’underground Ă  la fin des annĂ©es 1970 et au dĂ©but des annĂ©es 1980 a bien changĂ©. Comme l’explique Mindaugas : « Il y a vingt ans, ces scĂšnes [le dark ambiant et le nĂ©ofolk] Ă©taient complĂštement diffĂ©rentes, mais aujourd’hui les choses ont changĂ© : de nombreux projets qui jouent divers types de musique mĂ©langent les genres. A tel point que les groupes de dark folk ou de nĂ©ofolk incorporent Ă  leur musique des Ă©lĂ©ments de martial industriel, de dark ambiant, etc. et c’est normal. C’est ce que j’appellerais une (r)Ă©volution musicale. » Les groupes que l’on cite souvent comprennent pĂȘle-mĂȘle : Death in June, Current 93, Sol Invictus, Der Blutharsh, Les Joyaux de la Princesse, Fire + Ice, Blood Axis, Orplid, Ordo Rosarius Equilibrio, et la liste continue sur plusieurs pages.

Donner une dĂ©finition de ce qu’est le nĂ©ofolk, ou le dark folk, est un exercice vain et pĂ©rilleux. En effet, les artistes et les courants qui le composent sont tellement variĂ©s et parfois antagonistes, les formes d’expression musicale parfois diamĂ©tralement opposĂ©e que je me demande parfois pourquoi tous ces groupes sont regroupĂ©s sous la mĂȘme Ă©tiquette… Entre The Moon Lay Hidden Beneath A Cloud qui officiait avant sa rupture sur une sorte de dark ambiant avec un cĂŽtĂ© ritualiste parfois flirtant avec le noise minimaliste (le premier album en est un bon exemple) et des albums plus mĂ©lodiques comme Jordanfrost de Sonne Hagal, il y a de quoi en mettre des albums entre les deux ! Mais bon, la force de Looking For Europe est que les auteurs ont laissĂ© la parole aux artistes incontournables du genre, mais aussi Ă  ceux moins connus, aux fondateurs de labels et journalistes spĂ©cialisĂ©s. Ces interviews sont intelligemment et adroitement intĂ©grĂ©s au corps du texte pour appuyer le propos. Les auteurs ne se sont pas contentĂ©s de faire une sorte d’abĂ©cĂ©daire des pontes du style, ils ont Ă©galement dĂ©diĂ© des chapitres pour creuser et apporter des Ă©lĂ©ments de comprĂ©hension aux fondements idĂ©ologiques et culturels du dark folk.

Logo de Throbbing Gristle

En effet, on peut parler de fondements idĂ©ologiques et culturels au sens oĂč ce mouvement musical, aussi hĂ©tĂ©roclite soit-il dans son expression et sa forme, s’appuie sur une base et une volontĂ© (ou un dĂ©sir ?) communes. En effet, il se voit comme un nĂ©o-romantisme, un mouvement cherchant Ă  crĂ©er une identitĂ© nationaliste, une « illumination » de la pensĂ©e, un Ă©lan philosophique et culturel au niveau europĂ©en. Ainsi, comme l’expliquent les auteurs de Looking for Europe, la plupart des artistes s’inspirent et s’approprient des rites nĂ©o-paĂŻens, des instruments et rites folkloriques parfois oubliĂ©s, et cherchent Ă  ancrer leur expression artistique dans une dimension plus vaste qui les dĂ©passe : la Tradition (terme et idĂ©e qui revient de maniĂšre rĂ©currente dans Meetings With Strangers). Ce concept de Tradition peut prendre plusieurs formes : philosophique, religieuse, spirituelle, artistique mais selon l’auteur de Meetings With Strangers « il est toujours intĂ©ressant de savoir et d’entendre dire par les artistes ce qui est au cƓur de leur musique ». Ainsi, une simple idĂ©e ou recherche spirituelle peut prendre une toute autre place dans le processus de crĂ©ation. A titre d’exemple, M. Moynihan de Blood Axis explique au sujet de la swastika dans Looking For Europe : « je ne pense pas qu’il soit possible de la « rĂ©habiliter » entiĂšrement, comme elle porte des stigmates profonds du fait de ce qui s’est passĂ© dans les annĂ©es 30 et 40. Cependant, et je parle pour moi, je prĂ©fĂšre ne pas accepter ces stigmates. Je prĂ©fĂšre voir les choses sous une perspective Ă©ternelle,

Blood Axis

pas d’un point vue historique dĂ©terministe. La swastika existe depuis des milliers et des milliers d’annĂ©es et a toujours Ă©tĂ© un symbole du sacrĂ©, de chance et de forces positives. » (p385 de la version anglaise). La dĂ©marche de l’artiste ici est explicite et claire mais encore faut-il en avoir conscience en tant qu’auditeur… En effet, trop rares sont les groupes Ă  ne pas prendre une position ferme et claire quant Ă  leur choix de symboles et d’images rĂ©utilisĂ©s par les nazis ou forces fascistes de la moitiĂ© du 20Ăšme siĂšcle (il n’y a pas que la swastika, il y a aussi la roue solaire, les runes, les diverses croix celtiques et germaniques qui n’avaient aucune connotation suprĂ©maciste ou raciste Ă  l’origine).

Logo de Death In June
Laibach en uniforme

Il ne s’agit pas ici de tomber dans la polĂ©mique stĂ©rile, simplement il faut noter que les auteurs de Looking For Europe ne cherchent pas Ă  Ă©luder la question du nazisme et cherchent avec sincĂ©ritĂ© Ă  mieux comprendre les intentions des groupes.

Dans le mĂȘme esprit de comprendre se rattachement Ă  un passĂ© qui dĂ©passe l’individu et la nation, les auteurs se penchent sur la relation de certains groupes Ă  l’occulte, qui pour le coup, n’est pas sans rappeler le metal extrĂȘme. Pour certains, il importe de passer par la mĂ©taphysique et exprimer leur musique de maniĂšre plus ritualiste en faisant rĂ©fĂ©rence Ă  la cabale, Ă  Aleister Crowley, aux forces de la nature et aux divers cultes paĂŻens. De nombreux liens essentiels sont tissĂ©s ainsi et les auteurs mĂȘlent adroitement les parties documentaires aux interviews croisĂ©s pour une approche Ă  la fois fine et globale. Bref, ce livre aurait peut-ĂȘtre besoin d’une mise Ă  jour mais il reste un classique pour bien comprendre ce mouvement musical. Ce rapport Ă  l’occulte, Ă  ce qui est cachĂ© n’est pas anodin et marque une volontĂ© de pousser l’auditeur Ă  chercher par lui-mĂȘme le message cachĂ©. Comme l’explique Mindaugas quant Ă  ce message cachĂ©, pour lui c’est avant tout un rejet de la pop-culture qui se satisfait du trivial. « Si tu veux comprendre des groupes comme, par exemple, Changes, Death In June, et de nombreux autres, il faut que tu sois prĂȘt – leur message peut toutefois ĂȘtre trĂšs diffĂ©rent, et il te faut une culture en philosophie, connaĂźtre la mythologie, des rituels, la poĂ©sie… pour mieux comprendre ce qu’ils veulent dire. » En reprenant l’exemple de Robert N. Taylor de Changes, il explique que chaque album tourne autour d’un thĂšme particulier : le Mahabharata, E. A. Poe, etc.

Entre tradition et modernitĂ©, le dark folk est un genre et un mouvement culturel complexe et subtil qui, s’il reste dans l’underground et peine Ă  percer, a rĂ©ussi Ă  se forger une identitĂ© unique et un paysage musical qui puise son inspiration au-delĂ  des arts. Que deviendra-t-il ? Quelles formes pourrait-il bien prendre Ă  l’avenir ? Mindaugas a son avis sur la question « La musique continuera continuellement de changer, comme on peut le voir sur ces 20 Ă  25 derniĂšres annĂ©es. De nouvelles influences ? Bien sĂ»r ! Si on prend comme exemple les groupes de dark jazz qui sont une « invention » assez rĂ©cente, le drone, la musique concrĂšte, et de nombreux autres styles sont aujourd’hui « à la mode » dans le monde des expĂ©rimentalistes musicaux. Ils utilisent des Ă©lĂ©ments qui n’existaient pas il y a 20 ans. Je suis certain que nous verrons de beaux changements dans les annĂ©es Ă  venir ».

Je vous vois venir (enfin non, pas vraiment), avec votre question : oui mais il est oĂč le bouquin qu’on peut gagner !? Justement, en complĂ©ment Ă  Looking For Europe, la rĂ©cente publication de Camion Blanc Meetings With Strangers apporte de nombreux interviews et Ă©clairages sur le dark folk et la musique expĂ©rimentale. Certes, tous les artistes prĂ©sents dans ce livre n’appartiennent pas Ă  ce mouvement mais ils ont toujours une vision rafraichissante et parfois Ă©tonnante sur l’art et sa place dans le monde.

A l’occasion de la nouvelle annĂ©e, Culture METAL vous propose d’en gagner un exemplaire en complĂ©tant la phrase suivante :

Le dark folk est Ă  la musique ce que…

La réponse tombera le 15 janvier sur la page Facebook de Culture METAL, stay tuned !

Voici l’intĂ©grale de l’interview de Mindaugas Peleckis, auteur de Meetings With Strangers, publiĂ© en octobre 2018 chez Camion Blanc.

Salut Mindaugas ! J’espĂšre que tout va bien de ton cĂŽté ! Est-ce que tu peux te prĂ©senter, toi et ton webzine radikaliai.lt ?

Salut ! Tout va bien, merci. J’espĂšre qu’il en va de mĂȘme pour toi ! Pour faire meeting with strangerssimple, j’ai 43 ans, je viens de finir un master en Ă©tudes de journalisme et un doctorat en philosophie, j’adore Ă©tudier les langues, la mythologie et bien sĂ»r, la musique (depuis plus de trente ans dĂ©jĂ ). Je me suis plongĂ© dans plusieurs styles diffĂ©rents, mais ceux que je prĂ©fĂšre sont le metal, le rock, la musique expĂ©rimentale, le nĂ©ofolk, le dark ambiant et le jazz.

Pour ce qui est de radikaliai.lt, tout a commencĂ© en dĂ©but 2012 pour m’opposer Ă  la domination de la culture pop et de la musique bon marchĂ©, j’ai publiĂ© plusieurs milliers d’articles depuis mes dĂ©buts, et maintenant je me concentre sur le rock, le metal et la musique expĂ©rimentale. Je publie quelques poĂštes et Ă©crivains (mĂȘme des livres en entier en version .pdf, avec le consentement des auteurs, cela va sans dire). Depuis que j’ai commencĂ©, j’ai pris conscience que ne pas travailler pour l’argent est une source de plaisir – je suis libre de faire ce que je veux, mĂȘme si j’ai des devoirs envers mon lectorat, et mes nombreux amis. D’ailleurs, dans Meetings With Strangers, tu peux retrouver les interviews de plus de cinquante d’entre eux. Un peu plus tĂŽt, en 2015, j’ai aussi publiĂ© un livre sur la musique expĂ©rimentale (mais avec d’autres artistes que dans Meetings
), le livre s’appelle Written in Blood et a Ă©tĂ© publiĂ© en Australie. Je suis aussi l’auteur de la premiĂšre et unique encyclopĂ©die de l’histoire de la musique rock, metal et expĂ©rimentale lituanienne. Ça date de 2011 !

Quand et comment as-tu commencé à travailler et à compiler les interviews pour ton livre Meetings With Strangers et pourquoi chez Camion Blanc ?

Mindaugas peleckis
Portrait de Mindaugas Peleckis pris par Ignas Staơkevičius

Le nombre d’interviews n’a fait que croĂźtre avec les annĂ©es, c’est pour cette raison que j’ai commencĂ© Ă  chercher un Ă©diteur afin de toucher un plus large public. J’adore la France, et un ami français m’a recommandĂ© cet Ă©diteur, Camion Blanc, comme quoi ils Ă©taient les meilleurs sur le marchĂ© pour ce genre de musique. J’écris des interviews depuis des annĂ©es, et pour ce livre, la plupart des interviews ont Ă©tĂ© Ă©crits ces derniĂšres annĂ©es avant d’envoyer le manuscrit Ă  Camion Blanc.

La plupart des interviews tournent autour des mĂȘmes questions. Quelle Ă©tait l’idĂ©e derriĂšre cette dĂ©marche ? Qu’est-ce que tu cherchais Ă  montrer en choisissant ces questions ?

Tout est expliqué dans la préface du livre. Je voulais savoir comment des personnes différentes répondraient à des questions similaires.

A travers ton livre, il y a un Ă©lĂ©ment rĂ©current : le concept de la Tradition. Comment est-ce que tu le dĂ©finirais ? Pourquoi est-il si important, peut-ĂȘtre pas pour toi, mais pour les artistes qui s’épanchent dessus ?

De nombreux expĂ©rimentalistes suivent au moins une Tradition (Sophia Perennis, le Bouddhisme, d’autres pratiques spirituelles ou religieuses), et c’était vraiment intĂ©ressant de mettre le doigt sur ce qui fait le cƓur de la musique de ces artistes.

Certains groupes, comme The Residents, se cachent, comme des personnalitĂ©s ou des individualitĂ©s. De nombreux expĂ©rimentalistes se cachent derriĂšre un pseudonyme. Et comme je l’ai expliquĂ© sur radikaliai.lt, ces interviews viennent en opposition Ă  la pop culture qui a un message clair et trivial. Mais si tu veux comprendre des groupes comme, par exemple, Changes, Death In June et de nombreux autres, il faut que tu sois prĂȘt – mĂȘme si leur message peut diverger, il te faut une certaine Ă©ducation en philosophie, en mythologie, dans les rites, la poĂ©sie, etc. pour comprendre ce qu’ils cherchent Ă  exprimer. Je prendrais l’exemple de Robert N. Taylor de Changes comme la personne la plus Ă©rudite et sage que je connaisse. Il a une telle culture littĂ©raire et dans tant d’autres domaines
 il fait partie de l’Asatru, et un album de Changes peut aussi bien traiter du Mahabharata que de Edgar Alla Poe. C’est Ă  la fois fascinant et envoutant.

Est-ce que pour toi le dark folk et le dark ambiant font partie de la mĂȘme scĂšne ou bien au contraire, appartiennent-ils Ă  des mondes trĂšs diffĂ©rents ?

Il y a vingt ans, ces scĂšnes Ă©taient complĂštement diffĂ©rentes, mais aujourd’hui, les choses ont bien changĂ©. De nombreux projets artistiques vont mĂ©langer divers styles de musique, et il n’est pas rare de voir des groupes de dark folk ou de nĂ©ofolk associer du martial industriel ou du dark ambiant, et ça ne pose pas de problĂšme – c’est ce que j’appelle la (r)Ă©volution musicale !

Comment vois-tu l’évolution de la musique dans les annĂ©es Ă  venir ? Peut-on s’attendre Ă  de nouveaux changements ou Ă  de nouvelles influences ?

La musique continuera d’évoluer. Comme je l’ai dĂ©jĂ  dit, ces deux derniĂšres dĂ©cennies nous l’ont montrĂ©. De nouvelles influences ? Bien sĂ»r ! Par exemple, prends le dark jazz qui reste une « invention » rĂ©cente. La musique drone, la musique concrĂšte et plein d’autres sont aujourd’hui une sorte de tendance dans le monde de la musique expĂ©rimentale, ce qui n’était pas du tout le cas il y a vingt ans. Je pense que l’on va assister Ă  de superbes Ă©volutions dans les annĂ©es Ă  venir.

Ok ! Est-ce que tu as des groupes français que tu recommanderais ?

Il y en a beaucoup
 de Art Zoyd et Magma Ă  Misanthrope, de Noir DĂ©sir Ă  Mano Negra, de TĂ©lĂ©phone Ă  Pierre Schaeffer et Eric Satie, et j’en passe
 La scĂšne française offre une musique Ă©norme et gĂ©niale !

Et en Lituanie ? Comment se porte la scĂšne nationale ? Est-ce qu’il y a des groupes qu’il nous faut dĂ©couvrir ?

lituanieLa scĂšne lituanienne (et je parle de la musique expĂ©rimentale) s’amĂ©liore avec le temps. Si tu veux dĂ©couvrir de bons groupes, je te conseille d’écouter des groupes comme Sala, Daina Dieva, Skeldos, Donis, Ć arĆ«nas Nakas, Gintas K, Undoja, Darius Čiuta


Je sais que tu adores les langues Ă©trangĂšres. Est-ce qu’elles t’aident Ă  mieux comprendre et Ă  mieux interprĂ©ter les groupes qui chantent dans une autre langue ? D’ailleurs, comment cette passion est nĂ©e et combien de langues as-tu cherchĂ© Ă  apprendre ?

En rĂ©alitĂ©, je me sens plus proche des groupes qui chantent en anglais, mais d’autres langues ne me posent pas de problĂšme quand cela est nĂ©cessaire, comme le russe.

Pour ce qui est de mon amour pour les langues Ă©trangĂšres, ça a dĂ» commencer quand j’étais adolescent. J’ai commencĂ© par sept ans de latin et j’ai ensuite commencĂ© Ă  apprendre diverses langues : le japonais, l’arabe, le français, le nĂ©erlandais, l’italien, le norvĂ©gien, l’hĂ©breu, le chinois, le mongol, l’ukrainien, le swahili, l’indonĂ©sien, le finnois, le hongrois, les langues celtes, pour n’en citer que les principales. J’adorerais en savoir davantage, mais la vie est bien courte, alors j’ai bon espoir de pouvoir maĂźtriser au moins cinq langues avant mon cinquantiĂšme anniversaire !

En tout cas, merci pour tes questions et à bientÎt !

AčiĆ« Mindaugas

 

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